« J’aime – J’aime pas l’IA » Décryptage d’une concurrence déloyale

Cet article se voulait au départ un coup de gueule, mais en réfléchissant à ce que je voulais vraiment dire, j’ai compris que les notions invoquées ici concernent tous les entrepreneurs. Lisez et partagez car les questions soulevées aujourd’hui pourraient être votre réflexion de demain.

 

Je suis graphiste de métier et j’ai choisi de ne pas utiliser l’intelligence artificielle pour des questions de valeurs humaines, artisanales et environnementales. Ces valeurs sont le fondement de mon entreprise.

Autour de moi, clients et amis utilisent l’IA pour « créer » des images, des affiches, des logos,… Quand ils me montrent satisfaits leur « réalisation », ils pensent que je vais approuver, être extasiée par le résultat, voire que je vais leur donner quelques petites astuces pour améliorer leur « œuvre ». Mais quand ils voient que je ne réagis pas comme ils le souhaiteraient, ils me disent : « C’est vrai, vous (ou tu) n’aimez pas l’IA… » Et là, je dois expliquer une fois de plus que ce n’est pas une notion subjective en lien avec l’affectif. L’IA est un mirage aux alouettes et c’est ce que je vais expliquer dans cet article, en prenant pour exemple ce que je connais le mieux : mon métier de graphiste.

La différence entre un outil et l’IA

J’ai choisi le métier de graphiste car je dessine depuis que je tiens un crayon dans ma main. De plus, je suis de nature curieuse, rendant mon imagination fertile.

Comme il faut un support pour poser ce qui germe de son imagination, j’ai choisi le papier. C’est pour cette raison que j’ai bifurqué vers l’infographie en imprimerie. Mais choisir un support implique d’en connaître les contraintes techniques et de les maîtriser jusqu’au bout pour que le résultat transcende l’idée initiale. Il faut entendre par là que l’outil est à disposition de l’imagination mais que nous devons en maîtriser tous les aspects pour avoir le résultat le plus fidèle.

 

J’ai fait mes études au début des années 2000. Nous réalisions des planches de dessins où nous posions nos idées graphiquement. Ensuite seulement, ces idées étaient retranscrites dans des logiciels de conception graphiques. Étudiants, nous avions le temps de créer. Entrés dans la vie active, qui plus est dans l’industrie graphique (et je souligne le terme d’industrie) avec pour employeur une imprimerie, nous découvrions des notions entrepreneuriales : délais, coût, qualité… enfin, en tant que salarié, surtout le délai ! Donc, plus le temps de dessiner. A peine celui de griffonner une idée sur le papier pour ensuite la mettre en place dans le logiciel. Je suis alors passée de la conception graphique à la juxtaposition d’éléments issus au final essentiellement d’Internet. Et là, nous entrons dans les données numériques…

 

Je vous pose ici cette question : peut-on considérer comme création des éléments pris sur Internet et assemblés ensemble ? Si l’IA est un outil, comment pouvons-nous le maîtriser ? La réponse est non parce que l’IA nous impose des éléments que nous ne choisissons pas. Elle va piocher et assembler dans les bases de données pour proposer un visuel correspondant plus ou moins à la demande initiale.

IA, avaleuse et pilleuse de savoir

Pour proposer une affiche ou un logo, l’IA se base sur toutes les données emmagasinées dans les bases de données depuis des années. Tous nos savoirs, tous les visuels partagés, toutes les données techniques transmises,… L’IA est faite de telle manière que plus on fournit ces informations, plus sa restitution sera précise.

C’est pour cette raison que vous ne me verrez jamais présenter une publication explicative sur le résultat d’une affiche IA et pourquoi travailler avec un graphiste, c’est mieux. Si je le faisais, je mettrai en fait 20 ans d’expérience à disposition de l’IA : les notions techniques que j’ai apprises durant mes études, puis celles que l’on m’a transmises quand je me suis formée en entreprise, et enfin celles que j’ai maîtrisé au fil des années. Et ces explications, si professionnellement présentées par mes homologues, vont servir pour la prochaine affiche IA, pour peu que vous utilisiez les bons mots dans votre prompt.

 

Donc, vous comprendrez que plus vous voulez valoriser la qualité de votre métier dans un espace numérique, plus vous nourrissez l’IA. Et comme l’IA ne nous demande pas notre consentement pour utiliser nos connaissances, nous devenons l’outil de l’IA.

Une concurrence déloyale

Non seulement l’IA utilise nos ressources techniques, mais elle devient la plus colossale de nos concurrentes.

Comme je le mentionnais plus haut, un projet (graphique en l’occurrence) est un équilibre entre le coût, le délai de réalisation et la qualité du service. Concernant le délai, une affiche composée par l’IA est mise à disposition en à peine 5 minutes. Une affiche réfléchie et réalisée par les soins d’un graphiste prend plusieurs heures en suivant un processus créatif qui implique la sensibilité et l’intelligence des différentes parties prenantes. Donc : IA 1 / Graphiste 0. Concernant le coût, il est encore plus difficile de rivaliser puisque l’IA est mise à disposition gratuitement dans tous les terminaux numériques ! IA 2 / Graphiste 0.

Que reste-t-il au graphiste ? La qualité. Et ce point là, l’IA ne l’obtiendra jamais. Pourquoi ? Parce que même si elle obtient toutes les connaissances d’un graphiste, elle n’en a ni le savoir-faire, ni la sensibilité créatrice, ni l’humanisme. Surtout, elle ne restituera jamais l’authenticité qui émane d’un projet nourri par les échanges, et que l’imagination seule transcende pour obtenir le résultat le plus proche de la demande du client.

 

Chaque entreprise intégrant des métiers dont les connaissances nourrissent des bases de données doit comprendre qu’elle fera de l’IA une concurrente à court ou moyen terme pour sa propre entreprise.

 

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Ne choisissez pas la facilité car vous n’aurez jamais le résultat escompté. Le savoir-faire et la créativité sont du côté de la qualité, donc le l’entrepreneur. Pas de l’IA.

 

N’hésitez à consulter notre page RSE pour en savoir plus !